mercredi 27 mars 2019

MAYU SOEDA dans le cadre de l’exposition Kodomo No Kuni vue au FRAC GRAND LARGE à Dunkerque



C’est en s’étant baladé au bord de la plage dunkerquoise, avant de rentrer dans le FRAC de la ville en question, à quelques pas de l’eau, que l’on découvre l’œuvre de Mayu Soeda, une artiste exposée dans le cadre de l’exposition Kodomo no kuni, revenant sur les principes et les raisons de création, de mise en place et de la présence importante d’aires de jeux au Japon.

La pièce en général baigne dans une ambiance douce et enfantine. D’une œuvre faite de parapluie imbriqués où l’on peut venir s’abriter, en passant par le visionnage d’une vidéo réalisée lors de cours donnés à des enfants sur l’origine de l’univers, ou encore en essayant de jouer le jeu des œuvres mises à notre disposition, on découvre, plutôt cachée derrière une autre grande œuvre au fond de la pièce, tapissées sur un pan de mur, des photos d’aires de jeux, vides ou pleines d’enfants, des photos d’éléments très précis, comme une balançoire, ou seulement une vue d’ensemble.

C’est devant ce mur, que l’on se retrouve tout entier face à un sentiment qui nous est renvoyé par chaque photographie que notre œil parcoure : la nostalgie. Au milieu des photographies, des textes écrits par l’artiste sont disposés, de manière très petite par rapport aux photos, et surtout, en police très réduite, comme si elle voulait nous défier de faire face à ce sentiment nostalgique que nous renvoie l’œuvre. En effet, les textes appuient et ancrent ce sentiment dans notre pensée car l’artiste y évoque, dans tous, la notion du temps. Le temps qui file entre nos doigts comme le sable que l’on peut voir sur les photographies, qui tapissent les sols des aires de jeux, le temps qu’on ne peut rattraper, le temps qui laisse des traces, comme les trous dans le sol formés en dessous des balançoires par les nombreux pieds qui l’ont foulé, le temps qui questionne sur notre rapport à celui-ci : que fait-on de notre temps ? Passons-le à attendre ou à vivre ? Passons-le à ressasser ou à ressentir ? Passons-le à repenser notre passé, ou à imaginer notre avenir ?

Mayu Soeda appuie le fait que ce temps-là, qui nous fait peur, qui peut nous angoisser, que l’on peut redouter, s’arrête de passer dans les aires de jeux, devient une sorte de bruit ambiant qui flotte dans l’atmosphère mais qui n’atteint pas vraiment la sphère de ces enfants qui jouent et de ces personnes, jeunes ou vieilles, assissent sur les bancs, qui regardent le ciel ou écoute le bruit des feuilles dans les branches, bercées par le vent. C’est cette douceur là et ce sentiment de quiétude que l’artiste a voulu capturer. Elle est revenue sur les traces de son enfance et c’est comme si elle nous tenait la main dès la première photo, jusqu’à la dernière, pour nous amener avec elle sur les chemins de la nôtre, sur le chemin des lieux qui l’ont façonnée, sur le chemin des gens qui l’ont habitée, sur le chemin des regrets, des absences et de la nostalgie. Nostalgie, temps et lieux sont étroitement liés, car nous ressentons de la nostalgie pour des choses qui se sont passées, qui ont eu lieues, dans un temps donné en un lieu donné. Ce sont ces trois notions et éléments métaphoriques qui ressortent de l’œuvre de Mayu Soeda, ce sont les trois choses auxquelles on pense et que l’on ressent après avoir marché le long du mur, les yeux collés aux éléments tantôt futiles, tantôt plus importants, que l’artiste a capturé dans ces aires de jeux.

L’artiste a également ciblé sa façon de voir le parc comme le témoignage d’un passage de l’Homme dans un espace de nature au départ. Le façonnement que ce dernier à apporter au paysage pour pouvoir se créer quelque chose qui lui plaisait, qui lui servirait, animé par l’idée que personne ne saura que c’est lui qui a changé tout ça, alors que justement il y a les traces de pas dans le bac à sable, les endroits de sols foulés et refoulés où la végétation ne poussent plus, qui sont les preuves même d’un passage incessant.


Au final, la vraie découverte qui émana du travail de mémoire et de quête de souvenirs de Mayu Soeda fut de comprendre comment les lieux pouvaient être porteur de sens, comment est-ce qu’ils pouvaient renfermer des souvenirs, retenir des choses, des pensées, qui restaient intactes et attendaient notre retour, pour qu’on les ressente à nouveau. Cette œuvre vient donc nous plonger dans un univers de pensées lointaines, où l’on repense et ressasse des souvenirs pour tenter de s’accommoder avec ceux de l’artiste.


En ressortant du lieu d’exposition qu’est le Frac de Dunkerque, et en se baladant à nouveau, ce n’est plus vraiment nous qui marchons sur le bord de la mer mais plutôt l’enfant qu’on a été, porté par les espoirs que l’on éprouvait en regardant, au loin, l’horizon qui ne s’arrêtait jamais.

Juliette Bélanger, MCA1

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