samedi 18 avril 2015

Le BOOM Festival (édition 2014)

            Le Boom est un festival de trance et de musiques psychédéliques, situé au Portugal, au bord d’un lac. Jusque là, rien d’exceptionnel. Pourtant, il ne s’agit pas d’un festival comme les autres. Comme son site internet l’annonce - sans modestie certes mais pourquoi être modeste quand on a raison ?! – le Boom n’est pas seulement un festival, c’est un état d’esprit. L’atmosphère entre des boomers de plus d’une centaine de nationalités est particulière, quasi magique. Et le Boom semble devenir un micro cosmos, offrant une réalité alternative dans un monde à part.


            Sur les sept scènes du festival, on peut trouver de tout. Les quatre scènes principales diffusent, sept jours durant, de la musique pour tous les goûts. Sur la scène principale, le Dance Temple, on retrouve essentiellement de la trance, mais à l’Alchemy Circle on peut écouter de la techno et des musiques électroniques tandis que le Sacred Fire va changer de thème chaque jour, pouvant diffuser de la dub aussi bien que des musiques du monde. Sur les autres scènes, plus de musique cette fois, mais des conférences, des projections de films, des spectacles vivants, des séances de méditation, une galerie d’art, etc.
Et c’est là que se révèle la véritable force du festival : la diversité et l’ouverture d’esprit. A travers ces conférences et autres manifestations auxquelles il est possible d’assister, le Boom cherche à promouvoir une philosophie emprunte de liberté et d’acceptation des autres. Le festival montre d’ailleurs la voie avec sa politique écologique : il possède un jardin fait avec le compost de l’édition précédente ; mais aussi par le fait qu’il s’agit d’un festival sans logo, il n’est financé par aucune grosse corporation. A travers des conférences axées sur des philosophies comme le bouddhisme ou évoquant des rites ancestraux et l’histoire de civilisations pacifistes, le Boom cherche à ouvrir l’esprit des Boomers, à les aides à penser « en dehors d’un cadre conventionnel ». En bref, il vise à exacerber leur esprit critique. Et ça marche ! Le site du festival reste impeccable durant toute la semaine du festival, signe que les Boomers sont réceptifs aux préceptes du festival, et après avoir assisté à une de leurs conférences, impossible de ne pas se rendre aux autres !
            Si beaucoup lui reproche d’être un festival de drogués, axé sur les drogues psychédéliques, c’est sans doute qu’il ne connaisse pas bien le festival ! Bien sûr qu’il y a des fêtards qui viennent pour se droguer en dansant comme des fous sur des scènes à l’architecture futuristes pouvant, en effet, stimuler l’imagination. Mais pas besoin d’être drogué pour apprécier tout cela ! Et si la musique peut ne pas être au goût de tous, les nombreuses autres activités proposées par le festival sauront les intéresser et les ouvrir à la philosophie du festival. Le Boom, ce n’est pas seulement le paradis des teuffers, c’est aussi, et avant tout, une œuvre d’art en elle-même.

Alix JOLY
AS3

            

Le Conte de la Princesse Kaguya, le nouveau petit bijou d'Isao Takahata


J’avais déjà vu l’affiche du film Le Conte de la Princesse Kaguya mais c’est seulement lorsqu’une amie me l’a conseillé que j’ai décidé d’aller le voir. Cela a été une expérience cinématographique inédite dans ma vie. Premièrement, parce qu’il n’y avait que trois personnes – moi y compris – dans une immense salle de cinéma. N’ayant personne placé devant moi et étant assis à la rangée du milieu juste en face de l’écran, j’avais véritablement l’impression d’être seul dans la salle et que le film était projeté exclusivement pour moi. La version française m’a chagriné au départ, j’aurais préféré voir la version originale, mais le doublage s’est révélé correct, supérieur ce que l’on peut entendre d’habitude et la beauté du film m’a aidé à passer outre. L’histoire est reprise d’un vieux conte japonais, à la fois simple et poétique. Malgré la simplicité de l’intrigue, la palette d’émotions abordée est d’une grande richesse. On suit les personnages principaux sur une longue période de temps, on partage un bout de trajectoire existentielle avec eux, si bien que l’on s’attache à eux et que l’on se laisse prendre par les émotions qu’ils traversent. L’amie qui m’a recommandé le film a décrit le film comme « un torrent lacrymal », aspect que l’on ne peut nier. Cependant, j’ai trouvé que les sentiments étaient abordés avec une grande justesse de ton.


Graphiquement, Isao Takahata (Le Tombeau des Lucioles, Mes voisins les Yamada) signe ici un petit bijou d’animation. Le film est entièrement composé d’aquarelles et on peut voir la matière, le papier à l’écran. Le tracé des dessins suit la tension dramatique de l’intrigue, se faisant tour à tour violent ou délicat en fonction de la scène montrée à l’écran. La forme sert le fond et le fait avec une grande harmonie. La musique tient aussi une place importante dans le film. C’est Joe Hiraishi, qui a travaillé à de nombreuses reprises avec Hayao Miyazaki qui a signé la musique de Kaguya. Hormis un morceau qui m’a déplu, la bande originale est vraiment magnifique. Aussi féérique que le film, elle est également empreinte d’une large palette d’émotions et pourrait mener une existence indépendante vis-à-vis du film, tant la musique se suffit à elle-même. Le Conte de la Princesse Kaguya est un petit chef d’œuvre d’animation, plein de poésie et de féérie, qui nous emporte loin dès le début et dont on ressort ému à la fin.


Yves Chalon, AS3

jeudi 16 avril 2015

Buried, où les dérives sonores



Dark, dark, dark. Dark. 

Buried, Shlohmo (2015)



Après 49 secondes, on respire. Buried, de Shlohmo, l’artiste de Los Angeles qui frappe à coup de ambiant électronique. Il nous attrape au vol, et enterre nos chevilles l’instant de sa chanson. On est happé par les nappes sonores qui s’enchainent les unes après les autres. Le mélange de sonorités lourdes, darks et de rythmiques battues créent une symbiose marquante. Buried nous enfonce durant sa temporalité dans les méandres de notre vie, nous arrête de notre ritournelle infernale. 

A 4 minutes, après nous avoir laissé le temps de nous recentrer, il nous lâche, l’air de rien, dans un air enfin respirable. L’air de rien, il nous propulse au devant de nous et de tout ceux qui écoutent sans relâche, ne comprenant pas ce qu’il est en train de se produire. À 4 minutes, on prend le contrôle non pas de l’objet écouté, mais de l’effet que produit l’objet sur nous, sujet. C’est presque l’expérience du sublime, quand ce que l’on voit, écoute, sens, touche est plus fort que nos sens, quand nous ne pouvons pas cognifier nos sensations, et que c’est seulement par l’intellectualisation de l’effet produit que nous redevenons humain. Shlohmo exerce sur nous une sorte d’hypnose. Dans nos têtes se forment des cercles infinis, où tout se répète sans jamais se renouveler exactement, par l’ajout de sons non identifiables, par l’ajout d’émotions jamais assez perçues. 


Parfaitement maitrisée techniquement et narrativement, Shlohmo fait part de tout son savoir-faire, et de sa sensibilité. Il propose son langage à lui, et sans résister, nous plongeons avec lui dans son univers. 

Lien Soundcloud : https://soundcloud.com/shlohmo/buried


LAURA GLYNN-SMITH AS3

Imitation Game ou Le génie a qui on doit beaucoup




On veut en savoir plus. Le générique s'arrête et on a l'envie pressante d'entrer dans sa barre de recherche les mots : Alan Turing et Enigma. Si l'objectif d'Imitation Game était d'éveiller notre curiosité et bien c'est un pari réussi avec brio. Pour un premier long-métrage c'est audacieux. Morten Tyldum est le premier cinéaste à lever le voile sur ce pan de l'Histoire si longtemps gardé secret. Nombre sont ceux qui critiquent l'aspect conventionnel que revêt Imitation Game, c'est donc à eux qu'on souhaite répondre : Et alors ? N'est-ce pas adéquat pour rendre hommage à un homme hors normes, rejeté pour ses penchants sexuels, que de lui consacrer enfin de façon institutionnelle une place qui lui revient de droit ?

Il est vrai que la réalité des faits historiques n'est pas respectée avec exactitude mais cela ne fait pas défaut à Imitation Game, nous ne sommes pas venu en salle afin de regarder un documentaire. Enjoliver la réalité c'est aussi un moyen de toucher un public plus large et de passer un moment agréable.
Imitation Game ramène judicieusement sur le tapis une question toujours d'actualité et initiée par Turing lui-même : La machine peut-elle penser ? C'est une question à laquelle on réfléchit durant toute la durée du film, nous permettant ainsi, de se sentir plus proche d'Alan, en accompagnant sa réflexion (surement moins rapidement que lui, mais bon on fait avec ce qu'on a) !
Le jeu d'acteur de Benedict Cumberbatch est encore une fois époustouflant et parfaitement maitrisé, on en redemande !
Avec Imitation Game, on apprend, on utilise sa cervelle, on se laisse aller, on agrippe l'accoudoir de notre siège dans les scènes où la tension atteint son paroxysme, on pleure mais on rit aussi, alors l'oscar du meilleur scénario adapté c'est bien mérité !

Perrine Misiurny
AS3

Samba, le nouveau Toledano / Nakache

Critique de Samba,


Eric Toledano et Olivier Nakache,
15 octobre 2014


Film qui ressasse la triste réalité dans laquelle se trouve des milliers de sans papiers, Samba, aux allures dramatiques n'en est rien. Le duo de réalisateurs a encore une fois très bien réussi à mêler drame et humour (cf Intouchables) avec brio. Deux grands acteurs français, Omar Sy et Charlotte Gainsbourg, dans un couple des plus détonnant. Un acteur qui, tout le long du film soutient un accent sénégalais forcé, face à une Charlotte Gainsbourg des plus dépressive, le tout sans artifices. C'est un moment agréable durant lequel l'humour prend le dessus et l'on ne peut s'empêcher de devenir proche de ces deux personnages. Deux origines différentes, deux milieux sociaux différents, deux vies différentes mais deux personnalités et visions de la vie qui se rejoignent.
Entre aide, petits secrets, grands problèmes, amitié et amour, les autres personnages de ce film sont tout aussi prenants.
On pourrait s'attendre à un film larmoyant, nageant dans le pathos mais les deux réalisateurs sont restés fidèles à eux-même : filmer avec justesse et humour, les drames de la vie.

 Vite, vite Eric et Olivier recommencez !  

Clarisse EGGERMONT AS3 

Mr et Mme Rêve: "Le spectacle de danse mythique d’une mise en abîme théâtrale"





Dans ce théâtre de corps, l’esprit de Ionesco inspire les chorégraphes Pietragalla et Derouault, incarnant deux personnages fictifs qui sortent de la tête de l’auteur et qui créer leur propre univers, un univers qui se veut poétique, insolite, bizarre et drôle. Très rapidement, on se laisse transporter avec émotions dans le tourbillon d’une danse très expressive et théâtrale où le rêve, l’imagination et l’énergie sont au centre de la représentation. Si les personnages se perdent dans leur monde et fuient leurs conditions de personnages imaginaires, le spectateur, lui, n’a guère de mal à se plonger dans ce rêve illusoire pendant 1h25. Le langage incohérent et les gestes répétitifs du quotidien, vident de sens coordonnent parfaitement avec le thème de  l’absurdité qui émerge du théâtre de Ionesco. Comme dans sa pièce « Rhinocéros », les danseurs sont aussi les victimes d’une rhino cérite et se font embrigader dans la danse des rhinocéros.

La représentation doit beaucoup d’une part à la création sonore, la musique électronique de Laurent Garnier qui fusionne parfaitement avec les mouvements robotiques répétés par les danseurs, et d’autre part  à l’animation 3D de l’entreprise Dassault système, avec qui ils se sont associés. La scénographie 3D donne naissance à un troisième personnage représentant une image immersive, donnant à voir l’imaginaire de Ionesco, basé sur la technologie virtuelle. De plus, comme les deux danseurs, elle invite le spectateur à s’insérer dedans où l’interaction est très inspirante et apporte un aspect magique, presque surréaliste.  La beauté des images 3D valorise les danseurs dans chacun de leurs mouvements et nous emporte dans un monde ou le réel devient une irréalité virtuelle.

On a vraiment l’impression de regarder un film d’animation avec des personnages réels qui entrent et sortent de l’écran, comme une mise en abyme au cinéma, à la Buster Keaton dans « Sherlock Junior ». Cela n’est donc pas étonnant qu’ils aient choisi de se produire sur la grande scène du Grand Rex. L’idée de mettre la technologie au service de l’art rend le spectacle unique dans sa création artistique et apporte une valeur au monde de la culture où la maîtrise de l’ingénierie d’un projet culturel conduit à l’innovation. Le spectateur est immergé par l’histoire gestuelle que nous raconte le couple,  en interagissant avec les images projetées, toujours plus spectaculaires les unes que les autres et où la problématique du réel disparaît au profit d’un monde d’évasion.


Jeanne Fasquel AS3

Stromae, chanteur et pro de la communication


J'ai rencontré « Carmen » de Stromae pour la première fois sur mon fil d'actualité Facebook...
Quel paradoxe pour une chanson qui dénonce les méfaits des réseaux sociaux ! 

Et pourtant c'est en partie par cette diffusion que l’œuvre est pertinente. Il n'y a pas qu'une vidéo, il y a tout le contexte, le monde qui à été créé autour.
Je n'aime pas spécialement Stromae, je ne zappe pas quand il passe à la télévision ou à la radio, mais j'étais jusqu'alors un peu insensible à son travail.
Ce sont d'abord les images qui ont su m'interpeller, des dessins reconnaissables facilement, ceux de Sylvain Chomet, qui a un style vraiment marqué. Un style pas très glamour en fait, et j'ai été intriguée par ce potentiel mélange entre animation rétro et musique contemporaine. 

Le résultat ? Une véritable petite œuvre de 3 minutes.

Aussi bien dans les paroles, que dans les choix visuels, le clips est une composition réfléchie et intelligente, qui s'appuie sans en abuser sur plusieurs citations artistiques. Le spectateur avisé reconnaîtra sans mal les premières notes de l'opéra éponyme de Georges Bizet, alors qu'un public plus jeune notera sans doute les « guests » du clip tel que Lady Gaga ou Barack Obama.
Je serais presque tentée de qualifier « Carmen » de performance tel qu'on l'entend aujourd'hui dans l'art. Stromae a joué un rôle pendant plusieurs semaines, alimentant volontairement la ferveur de ses réseaux sociaux, pour provoquer un véritable décalage lors de la publication de la vidéo. L'artiste fait partie du concept, aussi caricaturé soit-il, c'est son histoire qu'il nous raconte, et qu'il fait raisonner en écho aux véritables problèmes de société de notre époque.

Ainsi, c'est avec un peu d'ironie que je me dis qu'actuellement, un des meilleurs représentants de la scène musicale francophone, est un chanteur belge !

Six Camille - AS3