dimanche 7 avril 2019

Le Témoignage

Je vais vous parler aujourd’hui d’un court-métrage que j’ai découvert récemment sur la plateforme Netflix. Ce dernier se nomme « Le témoignage » et a été réalisé par Vanessa Block et a été diffusé en 2015. Ce documentaire raconte l’histoire du plus grand procès de viol du Congo, où des soldats furent accusés de violences et de viols contre leur propre population. Ce film débute par une mise en contexte, qui nous permet de mieux comprendre la situation. En effet, je pense que peu d’entre nous connaissent l’histoire (tant passé qu’actuelle) de la République Dominicaine du Congo. Avant de réellement parler du film, je tiens à rajouter quelques détails sur l’histoire de ce plus grand procès de viol à Minova : il a eu lieu entre le 12 et le 19 février 2014 et est considéré comme étant le plus important procès pour viol à cause du nombre élevé de soldats accusés et du haut niveau militaire du tribunal établi. Durant ce procès, 39 soldats du gouvernements ont été accusés d’avoir participé pendant 10 jours à des violences en novembre 2012 après avoir fuit les rebelles du « Mouvement du 23 Mars ». Ainsi, pendant ces 10 jours, plus de 1000 personnes ont été violés, et ce uniquement dans la ville de Minova.
Ce film présente plusieurs aspects qui tous, tournent autour de la femme Congolaise et de sa place. Ce documentaire dénonce, s’engage, provoque, inspire. Tant de mots existent mais aucun ne pourrait réellement le décrire comme il le faudrait, comme il le mériterait. Pourtant, je me permets d’avouer que la technique utilisée, sa forme, présentent une simplicité mais qui selon moi, semble nécessaire et primordiale par rapport à ce sujet grave, encore d’actualité partout dans le monde. Les viols sont des sujets encore tabous dans certains pays, dont le Congo, où la victime se fait, dans la majorité des cas, abandonner par son mari, rejeter par sa famille. De nos jours, dans nos pays occidentaux le viol, la parole des victimes sont de plus en plus pris aux sérieux, même s’il reste encore beaucoup de travail à faire. Cependant, ce film nous permet de ne pas oublier le reste du monde, de ne pas oublier ces autres femmes, elles aussi victimes. Ainsi, il nous pose la question : Quelle est la place de la femme au sein de la société de la République Dominicaine du Congo?                                                         
Ici, la réalisatrice nous propose une vision évolutive de la figure de cette femme congolaise. Nous débutons par une vision de la femme mère, travailleuse, qui se rend dans les champs, qui s’occupe de sa famille entière et est complètement soumise à son mari. Mais elle est tout de suite présentée comme une victime. L’histoire de la première femme raconte comment une de ses filles s’est fait tuée par des soldats du gouvernement alors qu’elle était en train de cultiver du manioc avec son père. Tout au long de ce court-métrage, cette étiquette de « victime » ne quittera jamais les femmes. Elles sont victimes de tout : du travail, de la famille, du mari, de la société, du gouvernement, des soldats, des violences. La plupart des femmes présentées, dont l’une qui en parlera, n’ont pas l’accès à l’éducation, elles sont condamnées à continuer à travailler dans les champs, comme leurs mères auparavant et leurs enfants ensuite. Rien n’est caché, censuré, édulcoré, romancé : on nous présente les faits tels qu’ils sont et cela nous explose au visage. Il existe encore de très grosses inégalités pour les femmes dans le monde, elles sont encore des victimes de guerre, des victimes du quotidien et le gouvernement n’en fait pas sa préoccupation, il se contente de « promettre » de vouloir changer les choses, mais rien ne se passe. Mais petit à petit, la réalisatrice nous montre une once d’espoir, une once de changement pour ces femmes, qui sont présentées comme des combattantes, des « guerrières » et dont l’opinion commence légèrement à évoluer pour elles, on commence à les considérées comme importantes au sein de la société. Nous terminons par voir des petites filles heureuses, à travers des images magnifiques, qui ont accès à l’éducation et dont la parole leur est donnée, des femmes qui sont rassemblées, unies afin de se battre contre ces violences. C’est un film plein d’espoir, même si certaine fois, la réalité nous rattrape de pleins fouets et nous rappelle que certains pays sont encore très loin au niveau des égalités, au niveau de la prise au sérieux des violences faites sur les femmes et de leurs conditions. La musique présente une très grande importance dans ce court-métrage et nous accompagne, nous transporte, ces femmes et nous-mêmes, tout au long de ce dernier.
Je pense que c’est un film qui a pour but de nous faire prendre conscience, de nous rappeler que ces femmes sont également victimes et sont seules face à tout cela. Un (minuscule) petit pas a été réalisé avec ce procès, mais il reste beaucoup de grands pas à faire.

Léa Robert, AS3

ZEITGEIST de Fabien Zocco - installation connectée - programme spécifique sur ordinateur, vidéoprojecteur, 2018.

L’artiste c’est lui, Fabien Zocco. L’oeuvre, c’est ça, Zeitgeist. Et c’est dans l’immensité de la salle d’exposition de l’Espace Croisé qu’elle est projetée. 
Plongée dans la pénombre, cette installation connectée attire immanquablement notre regard. Ce bleu néon, une évocation aux cassettes vidéos que l’on rembobine peut être, contraste avec la sobriété déconcertante du lieu. Un mot blanc apparaît, furtivement, le temps d’une fraction de secondes avant d’être remplacé, irrémédiablement, par le suivant. 
Une course à la montre ininterrompue. Les phrases infinies, dans la parfaite continuité de l’écriture automatique et des cadavres exquis des surréalistes, relèvent de l’absurde. 
Ces mots, martelés inlassablement sur la surface de l’écran, sont extraits des paroles des 20 chansons qui, le jour même, se trouvent être les plus téléchargées sur iTunes. L’algorithme en place capte dans une première chanson un mot, puis va l’associer avec celui venant après ce même mot mais de provenance d’une autre chanson. Et ainsi de suite. Tel un saphir de vinyle qui suivrait un sillon, puis saute quelques secondes sur un autre sillon. 
Cet étonnant jeu d’associations produit un remix textuel sans arrêt en évolution, réactualisé où chaque phrase est clivée entre logique sémantique et une incongruité évidente. Des langues se mélangent, sans distinction aucune, à la recherche d’une cohésion de fortune. 

Curieusement, dans ce vaste plateau fait de béton, il s’agit de la plus silencieuse de toutes les oeuvres qui nous propose une réflexion autour de la musique. Quelle gageure, quel affront !

Zeitgeist, pour les non germanophones, désigne le climat intellectuel et culturel, jugements & habitudes de pensée d'une époque. Pourrions nous comprendre que ce que Fabien Zocco appelle des « chansons de supermarché » seraient l’acmé de notre civilisation ? Chaque jour, le contenu que Zeitgeist transmet est redéfini selon le goût du plus grand nombre. Pourtant, le fait est que l’oeuvre, en fonction depuis 2018, ressasse sempiternellement les mêmes champs lexicaux, termes et expressions, met en exergue la vacuité, la fadeur de ces « nouvelles » productions de l’esprit. La rapidité du dispositif rappelle la brièveté du phénomène de ces ersatz d’artistes copiés-collés, qui apparaissent et disparaissent laissant place à des clones. 
La vision du démiurge apparait alors comme ironique, dès lors qu’il fait s’entrechoquer l’idée que nous avons d’une oeuvre d’art, censée être unique et immuable, éternelle comme gravée dans la pierre à un produit aisément corruptible, aux allures de slogan publicitaire, de logo. Le choix de cette forme minimaliste contraste avec le clinquant du star-system, du mainstream, faisant « beaucoup de bruit » pour rien, en définitive.
Ce flux continu propose un « texte de fond » l’équivalent d’un « bruit de fond », ces sons ou ces mots en l’occurence auxquels nous sommes confrontés en y prêtant une attention distraite. Faisant fi des 3min30 habituelles, l’oeuvre exalte un vomi de paroles, un arrangement mutant, compulsif, presque fou. 
Le dispositif met ici le public face à la machine de manière frontale, elle contre l’idée reçue que le numérique doit obligatoirement être interractif, laissant le vivant dépossédé, dans une posture exclusivement spectatorielle.
Ici, la machine apparait comme dans une tentative de transcendance, en essayant de s’accaparer des attributs typiquement humain, à savoir la capacité de créer. Elle le fait toutefois de manière bornée, monomaniaque, trahissant son aliénation à un fonctionnement mécanique. 

L’oeuvre, c’est ça, Zeitgeist. Mais ne serait-elle pas également l’artiste ? Dès lors que Fabien Zocco a achevé son travail de programmation, cette langue exotique permettant de donner des directives à la machine, celle-ci prend inévitablement une part d’autonomie. Elle s’avère être à la fois dépositaire et effectrice, elle compose aléatoirement avec le matériau à sa disposition. Si la machine manipule froidement de pauvres textes, si l’artiste porte un discours teinté d’élitisme, au public de comprendre s’il s’agit d’une condamnation (pointer du doigt cette immense supercherie), ou bien d’une tentative, dans un sens, de ré-enchanter ce qui est superficiel et creux. Ce melting-pot hypnotique nous renverrait inconsciemment à ces tubes du quotidien, nous faisant au mieux sourire, au pire grincer des dents face à cette inexorable emprise.

Yaël Pignol - MCA3

lundi 1 avril 2019

Thomas Devaux - Rayons

Date : 2019
Lieu d'exposition : Galerie Cédric Bacqueville (Lille)


Rayons - ou la valorisation discrète de la société de consommation


D’emblée, l'oeil est attiré par l'atmosphère floue aux couleurs pastels dégagée par cette série d'oeuvres réalisées par Thomas Devaux. Présentées pour la plupart sous forme de diptyques, elles ne sont pas sans rappeler les oeuvres de Mark Rothko. La technique utilisée pour leur réalisation est la photographie avec retouches afin d’obtenir l'aspect flouté ; puis imprimée sur papier canson à grainage fort, laissant ainsi apparaître des craquelures à la manière d’une peinture à l'huile. A cela s’ajoutent les encadrements, recouverts à la feuille d'or. L’ensemble est homogène et a un rendu à la fois abstrait et organisé qui peut rappeler l’art minimal.

De toute évidence, étant donné qu'il s'agit d'art abstrait, on peine à comprendre la démarche de l'artiste sans avoir lu la note d'intention et sans un peu de médiation concernant la série d'oeuvres présentées. C'est alors que j'ai compris la provenance de ces couleurs qui sont en fait issues de rayons de supermarchés photographiés en gros plan, ceci justifiant le titre de la série, en référence aux rayons de supermarchés. Il s’agit également d’une référence à l’optique et aux rayons lumineux qui se dégagent de ces oeuvres.

La paisibilité ressentie à premier abord est d'un coup vue autrement de par le sujet qu’elle interroge : la société de consommation. On peut alors se demander quel est le regard que Thomas Devaux à ce sujet : cherche-t-il réellement à avoir un regard critique sur la société de consommation ou cherche-t-il à la sublimer ? Est-ce que ce travail sur le flou ne cherche finalement pas à dissimuler quelque chose pour ne pas avoir à le regarder en face ?

Ce travail abstrait concerne quelque chose qui n'a rien d'abstrait au contraire, la consommation est quelque chose de très concret. Ce décalage est d’autant plus marqué si l’on juge le cadre des oeuvres recouvert de feuilles d’or, ce qui pose à nouveau la question de ce que l’artiste a voulu montrer : sublimer ou dénoncer ? Une part d’incohérence peut alors être ressentie face au fond et à la forme qui semblent finalement assez éloignés.

Thomas Devaux traite donc ici un problème contemporain, sans vraiment le traiter. Il l'expose, simplement. C’est à se demander si il ne traite pas ce sujet parce qu'il est "à la mode"...
Lucas de Vareilles, AS1

L'enfant maudit

Je trouve cette œuvre audacieuse et issue du génie de son auteur. En effet, si certains l’apparentent à la provocation et la détournent en message de haine, de mon point de vue cette sculpture est très importante pour l’art contemporain. Selon moi, elle est même nécessaire.
Elle dépeint une nouvelle ère qui s’émancipe de toutes contraintes stylistiques ou spatiales et se fiche de plaire à tout le monde. L’art de Cattelan est souvent socio-politique mais avec Him, il montre autre chose en allant chercher dans l’histoire et la mémoire collective.
Il permet de sensibiliser. Il met face (enfin à priori de dos puis à posteriori de face) à nous un rappel. Même si nous ne l’avons pas vécu. On se rappelle qu’on ne doit pas prendre cette période du 20e siècle comme révolue. C’est peut-être pourquoi il a tenu à l’installer, après avoir été dans des musées, à Varsovie. Capitale de la Pologne qui, pour nous le rappeler, a été victime de hauts crimes contre l’humanité. On ne doit pas oublier, on ne doit pas penser le sujet tabou au point d’avoir peur de l’illustrer dans l’art. On ne doit surtout pas oublier que la haine subsiste toujours et persiste dans le monde à notre époque.
Là où est placée la statue dans le ghetto de Varsovie, aperçue à travers un trou creusé dans une porte en bois, posée dans une cour est sûrement une réécriture utopique de l’histoire. Peut-être est-ce la vision de Cattelan (et peut-être de la plupart du reste du monde) sur le sort qu’aurait dû avoir Hitler. Et l’endroit. Là où il a engendré les six années de bataille aurait dû être l’endroit où il aurait fini ses jours s’il ne s’était pas donné la mort, selon l’artiste. Enfermé face aux survivants de ses offensives passées et pensant à comment se repentir en croupissant jusqu’à la fin de ses jours enfermé à Varsovie. Il prierait alors pour son salut. Ou pour pouvoir s’évader ?
Du point de vue esthétique et stylistique, je trouve que Cattelan a vu juste en le plaçant de dos. De ce fait, on est intrigué et plus désireux de voir à quoi ressemble ce minuscule bonhomme (aux allures de petit garçon donc semblant inoffensif et innocent) de face. Voir la vraie personne représentée provoque un choc et forcément quand on vient à plusieurs visiter et qu’on tombe sur cette œuvre, il y a matière à débats. Personne ne réagirait de la même façon, c’est ce qui est intéressant.
De plus, je disais plus tôt que la sculpture était nécessaire dans l’art contemporain car Maurizio Cattelan a procédé à l’hyperréalisme. Les traits vraisemblables, le relief, le fait d’avoir fait une sculpture tout simplement sont des éléments simples qui permettent de voir l’essentiel. Pas de chercher sans cesse ce qu’a voulu dire l’auteur s’il avait été question d’une peinture abstraite issue du mouvement cubiste par exemple. On se concentre sur le concret : ce qui est présenté devant nous. Et on peut observer et voir, et se poser la question : comment on aurait réagi si on avait vraiment été face à lui ?
Et s’il avait été vraiment aussi petit ? Si finalement ses actes ne le rendaient que plus petit dans son humanité et dans l’estime de tous ceux ne partageant pas ses idéaux ? Pourquoi semble-t-il être un petit garçon aux premiers abords ? Si c’est fait exprès, l’artiste doit sûrement apparenter cela au manque de surmoi de la part d’un enfant avant l’âge de 7 ans. Lorsqu’il n’est pas encore capable de penser pleinement par lui-même et que la maturité n’a pas encore fait effet. Le fait de tolérer les autres et vivre avec toute sorte de personne en harmonie en faisant partie.

En somme, Him est une œuvre contemporaine ayant une grande importance culturelle bien qu’au final, quand même socio-politique. Cette sculpture trouve bien sa place auprès d’un homme rescapé de la Shoah. On pourrait dire qu’Hitler se retrouve là où il était sensé finir. Aliéné, agenouillé, asservi à un polonais juif qu’il avait voulu exterminer mais qui s’en est sorti pour pouvoir le mettre en position de faiblesse.
La vie a pris le dessus et lui-même, qui voulait l’éradiquer dans sa vision d’un monde parfait, n’est plus qu’une représentation et incarnation du mal en cire et résine de polyester plutôt que considéré comme ayant été un être humain à part entière.

Dalanda Condé AS1

jeudi 28 mars 2019

Beb-deum, exposition à Lasécu de Lille


La première remarque à faire est par rapport à sa série d’œuvres. Beb-Deum nous montre une critique de la société à venir, telle que l'on peut se la représenter. Nous sommes en mesure de créer des êtres vivants artificiellement ; encore pire/mieux, des services sont déjà proposés dans certains pays afin de choisir le bébé parfait, avec les caractéristiques voulues par les parents. Cette prolifération de clones d'apparences à la fois diverses mais de base identique nous jette au visage cette absurdité de « commander son humain » et de le faire faire de toutes pièces selon nos envies ; il nous montre un sujet qui est sans cesse repris dans les œuvres de science-fiction, l'humanité des clones, des êtres créés artificiellement par l'Homme, pour l'Homme, le fait qu'il puisse s'agir d'autre chose que des coquilles vides (référence au jeu vidéo « Detroit become human »). 
Pour ce qui est de l’œuvre en elle-même, nous avons choisi « insérer nom ». Elle représente donc une vieille femme torse nue, au visage couvert d'une pâte bleue et de rondelles de concombre, tandis que des marques sont visibles sur son corps.
Ici, l'artiste semble représenter l'idée que l'Homme se fait de la jeunesse éternelle. Il nous montre un
visage en soi peu choquant, la femme malgré son age se fait une beauté, avec des méthodes plus ou moins orthodoxes/reconnues, il pourrait presque se dégager une certaine naïveté de cette figure, probablement usée par le temps, prête à tout essayer pour rester jeune. L'aspect le plus critique vient du corps de la personne, littéralement marqué par les médicaments, les intraveineuses et autres. Ici, nous avons l'image de l'Homme rêveur et désespéré, qui se veut immortel dans un corps toujours jeune. Le traitement modifie effectivement le corps mais dans le mauvais sens du terme ; la femme ayant même perdu un sein, Beb-Deum nous montre un être qui semble perdre de son humanité au lieu d'en regagner, ainsi qu'un être qui a peur de ne plus être humain « selon les ormes humaines » ; une femme devenue « incomplète » et vieille qui ne veut pas devenir une marge de la société.
Robinson Wullens

HIM, MAURIZIO CATTELAN, 2001


C’est en entrant dans une grande pièce de l’exposition « Debout » de François Pinault au couvant des jacobins de Rennes que je découvris cette oeuvre. Un petit garçon à l’allure innocente, agenouillé, semblant prier. Il est reclus à un coin de cette grande salle, seul. Son regard n’a aucune perspective, car tout ce qui s’offre devant son visage est un mur vierge et livide. Intrigué c’est la première oeuvre de la salle que je souhaite découvrir, car je suis directement curieuse de dévoiler le visage qui se cache derrière cette figure si innocente. C’est alors qu’une vision d’horreur me parcours… Cette innocence cachait en fait un véritable tyran, car c’est un visage connu et détesté de tous qui apparait, celui d’un des plus abjects dictateurs de l’histoire, Adolf Hitler. La sculpture hyper-réaliste trace les traits de son visages au détail près, d’un visage qui pourrait presque se réveiller d’un moment à un autre. Mais même immobile il ramène en nous les souvenirs les plus terribles que nous avons vu sur nos bancs d’école, où sur les documentaires traitants de la Deuxième Guerre Mondiale, des millions de personnes qu’il a affamés, humiliés, exploités, assassinés, de cette invitation à la haine qu’il a transmis dans l’Europe. 

On pense d’abord que derrière tout tyran il y a eu une figure d’abord naïve, un enfant, mais cette oeuvre nous apprend aussi que derrière quelques figures d’abord innocentes se cachent des monstres. « L’habit ne fait pas le moine ». Le mal peut se cacher partout et il faut en prêter attention. 

Au delà de tout ces questionnements qui ont déjà été de multiples fois discutés, cette sculpture me rappelle immédiatement le roman d’Éric Emmanuel Schmitt « La part de l’autre », qui narre en parallèle une biographie et une uchronie de la vie d’Hitler. Il débute cette double histoire avec son acceptation ou non aux Beaux-Arts, car Hitler avant de s’intéresser à la politique, aspirait à devenir artiste. Dans le cas de son acceptation aux Beaux-Arts, Éric Emmanuel Schmitt imagine une rencontre entre Hitler et le psychanalyste Freud, qui l’aurait soigner de ses maux, car la névrose, voire psychose, est inévitable lorsque l’on devient un tyran tel qu’Hitler. 

Je met alors un parallèle entre ses deux oeuvres. Hitler, enfant, avait encore possibilités, et malgré les traces que peuvent laisser les traumatismes liés à l’enfance, de devenir quelqu’un d’autres, et de faire les bons choix. C’est peut-être d’ailleurs ce que représente ce mur blanc si prêt de son visage, tel une page blanche où rien est encore écrit, ni déterminé. Mais son visage nous prouve que les actes sont déjà commis, et que l’histoire en a laissé des traces indélébiles, encore ancrées, et à jamais dans nos mémoires.

Lise Gilois, MCA1

mercredi 27 mars 2019

MAYU SOEDA dans le cadre de l’exposition Kodomo No Kuni vue au FRAC GRAND LARGE à Dunkerque



C’est en s’étant baladé au bord de la plage dunkerquoise, avant de rentrer dans le FRAC de la ville en question, à quelques pas de l’eau, que l’on découvre l’œuvre de Mayu Soeda, une artiste exposée dans le cadre de l’exposition Kodomo no kuni, revenant sur les principes et les raisons de création, de mise en place et de la présence importante d’aires de jeux au Japon.

La pièce en général baigne dans une ambiance douce et enfantine. D’une œuvre faite de parapluie imbriqués où l’on peut venir s’abriter, en passant par le visionnage d’une vidéo réalisée lors de cours donnés à des enfants sur l’origine de l’univers, ou encore en essayant de jouer le jeu des œuvres mises à notre disposition, on découvre, plutôt cachée derrière une autre grande œuvre au fond de la pièce, tapissées sur un pan de mur, des photos d’aires de jeux, vides ou pleines d’enfants, des photos d’éléments très précis, comme une balançoire, ou seulement une vue d’ensemble.

C’est devant ce mur, que l’on se retrouve tout entier face à un sentiment qui nous est renvoyé par chaque photographie que notre œil parcoure : la nostalgie. Au milieu des photographies, des textes écrits par l’artiste sont disposés, de manière très petite par rapport aux photos, et surtout, en police très réduite, comme si elle voulait nous défier de faire face à ce sentiment nostalgique que nous renvoie l’œuvre. En effet, les textes appuient et ancrent ce sentiment dans notre pensée car l’artiste y évoque, dans tous, la notion du temps. Le temps qui file entre nos doigts comme le sable que l’on peut voir sur les photographies, qui tapissent les sols des aires de jeux, le temps qu’on ne peut rattraper, le temps qui laisse des traces, comme les trous dans le sol formés en dessous des balançoires par les nombreux pieds qui l’ont foulé, le temps qui questionne sur notre rapport à celui-ci : que fait-on de notre temps ? Passons-le à attendre ou à vivre ? Passons-le à ressasser ou à ressentir ? Passons-le à repenser notre passé, ou à imaginer notre avenir ?

Mayu Soeda appuie le fait que ce temps-là, qui nous fait peur, qui peut nous angoisser, que l’on peut redouter, s’arrête de passer dans les aires de jeux, devient une sorte de bruit ambiant qui flotte dans l’atmosphère mais qui n’atteint pas vraiment la sphère de ces enfants qui jouent et de ces personnes, jeunes ou vieilles, assissent sur les bancs, qui regardent le ciel ou écoute le bruit des feuilles dans les branches, bercées par le vent. C’est cette douceur là et ce sentiment de quiétude que l’artiste a voulu capturer. Elle est revenue sur les traces de son enfance et c’est comme si elle nous tenait la main dès la première photo, jusqu’à la dernière, pour nous amener avec elle sur les chemins de la nôtre, sur le chemin des lieux qui l’ont façonnée, sur le chemin des gens qui l’ont habitée, sur le chemin des regrets, des absences et de la nostalgie. Nostalgie, temps et lieux sont étroitement liés, car nous ressentons de la nostalgie pour des choses qui se sont passées, qui ont eu lieues, dans un temps donné en un lieu donné. Ce sont ces trois notions et éléments métaphoriques qui ressortent de l’œuvre de Mayu Soeda, ce sont les trois choses auxquelles on pense et que l’on ressent après avoir marché le long du mur, les yeux collés aux éléments tantôt futiles, tantôt plus importants, que l’artiste a capturé dans ces aires de jeux.

L’artiste a également ciblé sa façon de voir le parc comme le témoignage d’un passage de l’Homme dans un espace de nature au départ. Le façonnement que ce dernier à apporter au paysage pour pouvoir se créer quelque chose qui lui plaisait, qui lui servirait, animé par l’idée que personne ne saura que c’est lui qui a changé tout ça, alors que justement il y a les traces de pas dans le bac à sable, les endroits de sols foulés et refoulés où la végétation ne poussent plus, qui sont les preuves même d’un passage incessant.


Au final, la vraie découverte qui émana du travail de mémoire et de quête de souvenirs de Mayu Soeda fut de comprendre comment les lieux pouvaient être porteur de sens, comment est-ce qu’ils pouvaient renfermer des souvenirs, retenir des choses, des pensées, qui restaient intactes et attendaient notre retour, pour qu’on les ressente à nouveau. Cette œuvre vient donc nous plonger dans un univers de pensées lointaines, où l’on repense et ressasse des souvenirs pour tenter de s’accommoder avec ceux de l’artiste.


En ressortant du lieu d’exposition qu’est le Frac de Dunkerque, et en se baladant à nouveau, ce n’est plus vraiment nous qui marchons sur le bord de la mer mais plutôt l’enfant qu’on a été, porté par les espoirs que l’on éprouvait en regardant, au loin, l’horizon qui ne s’arrêtait jamais.

Juliette Bélanger, MCA1