mardi 10 avril 2012

Teach us to outgrow our Madness

Si le spectateur sait parler Anglais, il comprendra dès le titre du spectacle "Teach us..." qu'il faut s'attendre à quelque chose de particulier.

En effet, cinq femmes jeunes, belles, imposantes, terrifiantes prennent place durant 1h30 sur scène. La représentation s'ouvre sur des créatures sans visage dotées de bottes à la place des mains. Qu'en comprenons-nous? Malheureusement, pas grand chose. Si les images sont très esthétiques et plastiques, de nombreuses choses sont confuses. Comme auparavant évoqué, il faut savoir parler Anglais. Une grande partie du show se compose d'un "storytelling", c'est-à-dire d'un conte raconté. En plus d'une ambiance opressante, il n'est donc pas conseillé et accessible à tout le monde. Deuxième embûche : après lecture du descriptif du spectacle, je ne retrouve pas réellement les éléments. Certes, nous sommes face à des femmes en puissance, séductrices, manipulatrices, se rebellant contre la société patriarche. Mais ensuite, quelles sont leurs relations : mère-filles? soeurs? ou même amantes? Que cherchent-elles à nous dire?

Il est certain que cela ne nous laisse pas indifférent. Les prestations sont à couper le souffle : les mouvements sont répétés inlassablement et demandent une rigueur incroyable, les danseuses sont aussi d'étonnantes chanteuses et performeuses, proches d'actrices. C'est à la fois un effort physique pour les artistes et pour les spectateurs : le niveau sonore a gêné et perturbé plus d'un dans la salle. Peut-être faut-il voir et revoir ce spectacle (avec des boules Quies) pour en tirer des conclusions plus profondes.

lundi 26 mars 2012

OCTOPUS - LE PHENIX


Octopus est le nouveau spectacle chorégraphique mis en scène par Philippe Decouflé avec sa compagnie DCA (Diversité, Camaraderie, Agilité). Plus qu'un spectacle, il le nomme poème chorégraphique.



Après avoir signé une revue au Crazy Horse en 2009, il nous revient avec un spectacle des plus intrigants. On peut le qualifier de polyvalent : danse, comique, mime, vidéo, musique, performances artistiques...
Deux musiciens, situés à cour et à jardin à l'avant scène assurent une partie de la musique jouée en "live" : voix, guitares, percussions, claviers... Les spectateurs sont plongés dans l'univers du début à la fin, aucune échappée possible.
Les danseurs ne sont pas que des corps en mouvements : statiques, décomposés, travestis, membres détachés du reste du corps, suspendus dans les airs à la vue de tous comme des oiseaux en cage.
La mise en scène joue beaucoup sur les différences, le jeu d'opposition (noir/blanc, lumières) et crée des hors-champ, de l'invisible qui attire la curiosité. On ressent beaucoup l'influence du cabaret, notamment dans les ombres et les non-vus, les corps à la fois montrés et cachés, relevant parfois d'une oeuvre d'art exposée dans un musée. Un cabaret des curiosités.
Les sujets sont doubles : les danseurs filmés sont projetés sur grand écran, ne reprenant parfois que les contours, les formes. Ils restent pourtant distants, comme idéalisés, nous ne pouvons nous y projeter. Nous restons bouche-bée devant des corps sculptés, à moitié dénudés à la limite du lyrique.


Aline Dusart, AS3



dimanche 29 janvier 2012

Andres Serrano/morgue

Serrano, après les récurrentes contestations face à son "Piss Christ", nous envoie dans un environnement tout autant déstabilisant : la morgue.

En effet, le photographe propose une série de clichés nous montrant des corps gisants. Il ne montre pas le lieu où les personnes sont décédées, mais là où elles atterrissent à la fin, sur leur lit de mort. Tantôt paisibles, tantôt effroyables, ces photos ne nous laissent en aucun cas neutre. Les corps ne sont jamais faciles à regarder. Serrano nous montre à la fois la condition humaine dont on ne peut s'échapper (Memento Mori), la violence des rapports humains, la tragédie de certaines vies. Nous sommes face à la mort, plus près que nous ne l'avons jamais été. Il jongle entre la beauté et l'horreur. Devant les corps de personnes âgées, on se rappellera que nous ne sommes là que pour une durée déterminée, devant les corps d'enfants nous crierons à l'injustice, devant les corps de femmes battues nous jugerons les coupables, devant les accidentés de la route nous ferons campagne contre l'insécurité, devant les corps brûlés, tailladés, découpés nous détournerons les yeux.

Son oeuvre est dédiée aux vivants, ceux à qui la mort fait peur. Elle choque, et justement, pourquoi nous choque-t-elle? La force de ces photographies est de nous remettre à notre place, dans notre condition. Si elles sont parfois difficiles à soutenir, la réalité n'en est pas moins là.


Aline Dusart AS3